

Conférence du 5 février 2026 : « Henri IV, mythe et réalité » par Grégory
CHAMPEAUD, Docteur en Histoire, Maître de conférence et Professeur au lycée Daguin de Mérignac
M. CHAMPEAUD débute sa conférence par une courte vidéo cocasse où l’on entend
le maire de Pau, François BAYROU, évoquer le nom de son seul ami, Henri IV.
Puis il interroge l’auditoire pour lui demander ce que lui évoque Henri IV; de
nombreuses réponses fusent :
« la poule au pot, le vert galant, le panache blanc, la
carapace de tortue, l’édit de Nantes, Ravaillac, les Albret, Sully, … »; plus de 4
siècles après sa mort, on constate que ce roi a marqué les mémoires.
Alors quelles sont les racines du mythe qui a fait que ce roi est encore présent dans
nos mémoires ?
Son règne débute en 1589 après la mort du roi Henri III; Henri IV sera soucieux de la
propagande et en particulier en ce qui concerne sa propre personne. En 1594, il est
victime d’un 1er attentat où il perd une dent; il communiquera alors pour rassurer la population.
Du vivant du roi Henri IV seront posés les fondations du mythe. Dans sa jeunesse, il
perd deux frères en bas-âge, l’un étouffé par sa nourrice et l’autre défenestré.
À l’âge de 11 ans, Henri IV rencontre Nostradamus à Salon de Provence; le mage
aurait fait alors une prédiction : « Et si Dieu vous donne grâce de vivre jusques-là,
vous aurez pour Maître un Roi de France et de Navarre».
Henri de Bourbon donne l’anagramme « du bon roi bonheur ». Durant son règne de 1589 à 1610, Henri IV
sera représenté à l’antique par les peintres. Il prendra alors la figure de Hercule,
Apollon ou Alexandre le Grand. Des légendes accompagneront Henri IV; il aurait tué
un serpent dans son berceau, il aurait subi une éducation « à la dure », confié à des
nourrices paysannes!
Son assasinat par Ravaillac en 1610 participera à la construction du mythe. Le roi
seratransfiguré alors qu’il était très impopulaireà la fin de son règne; les impôts
étaient en hausse et sa dernière conquête avait 15 ans. Sa mort est un choc pour la
population; sa transfiguration en fera un martyr.
Au 17ème siècle, naît alors le mythe du bon roi Henry alimenté par l’archevêque
Hardouin de PEREFIXE qui écrira son Histoire; il sera à l’origine du mythe de la
poule au pot. Les images d’Epinal feront du Roi l’ami des paysans.
Au 18ème siècle, Diderot dans son Encyclopédie, citera Henri IV faisant son éloge
de la tolérance; Rousseau le qualifiera de Prince des Lumières; Voltaire écrira un
poème, la Henriade où il sera l’auteur de la fameuse citation, « Paris vaut bien une
messe »!
Pendant la Révolution de 1789, on brûle des effigies des ministres de louis XVI au
pied de la statue de Henri IV à Paris; des rassemblements patriotiques ont lieu
autour de la statue de Henri IV au Pont Neuf. Et puis le mythe royal chute; à Pau, on
brûle la carapace de tortue, berceau de Henri IV; en 1793, à St Denis, on exhume le
cadavre de Henri IVétonnammentbien conservé; sa tête disparait (elle réapparaîtra
en 2008 sur la table du médecin légiste Philippe Charrier qui l’authentifiera). Un peu
plus tard Napoléon s’agace de la popularité renaissante de Henri IV. Il dira lors de
son exil à Ste Hélène : « C’était un bon homme, il n’a rien fait d’extraordinaire ! ».
Au 19ème siècle, Henri IV devient un héros romantique. Michelet le qualifie de roi
singulier, unique. Pendant la Restauration, l’effigie de Henri IV apparaît sur la Légion
d’Honneur. Une nouvelle statue de Henri IV est coulée avec le bronze de statues de
Napoléon. Des peintres comme INGRES et François GERARD font revivre le mythe
du bon vieux roi Henri IV, comme également certains écrivains tel qu’Alexandre
DUMAS qui écrivit « la Reine Margot, les 45, … » et fit revivre dans une série à
épisodes le « vert galant » aux multiples conquêtes. C’est au 19ème siècle que
Henri IV apparaît dans des publicités diverses qui font la promotion, par exemples,
de bicyclettes et de boissons comme la bière et l’armagnac.
Au XXème siècle, Henri IV devient une référence dans les périodes de crise; il est
une figure de tolérance, c’est le Roi de l’édit de Nantes, le conciliateur, le Roi du
vivre ensemble, le précurseur des droits de l’homme. On le compare parfoisà
Charles de Gaule.
En conclusion, que reste t-il de Henri IV au 21ème siècle ? C’est un repère
nostalgique, absent des manuels scolaires, il est parfois un modèle politique, il reste encore un MYTHE.